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Casamance : le mépris d’un discours vide face à un peuple en quête de justice

Casamance : le mépris d’un discours vide face à un peuple en quête de justice

À la veille du 65ᵉ anniversaire de l’indépendance du Sénégal, le président Bassirou Diomaye Faye a pris la parole le soir du 3 avril 2025 pour s’adresser à la Nation. Un discours solennel, policé, drapé dans les atours d’une rhétorique creuse, qui prétend célébrer l’unité et la souveraineté tout en esquivant avec une désinvolture insultante les plaies béantes d’un peuple oublié : celui de la Casamance. Derrière les mots mielleux et les promesses vagues, le chef de l’État a une fois de plus démontré que la vérité, la justice et la paix restent des luxes que le Sénégal et ses gouvernants politiques et militaires refusent d’accorder à ce territoire martyrisé.

Le « Plan Diomaye pour la Casamance », brandi comme un étendard de réconciliation, n’est qu’un slogan ronflant, une coquille vide qui ne répond ni aux cris des victimes ni aux attentes d’un peuple las des faux-semblants. « Un processus irréversible de réconciliation et de retour digne des populations déplacées », ose-t-il affirmer. Mais où sont les actes ? Où est la justice pour les familles des disparus, des morts sous les balles des forces de l’ordre, des prisonniers politiques croupissant dans des geôles sans procès équitable ? Où est la réponse aux exactions militaires et policières qui ont marqué la chair et l’âme des Casamançais pendant des décennies ? Silence assourdissant.

Le président parle de « dialogue social » et de « concertation permanente », mais ces mots sonnent comme une moquerie pour une population qui ne voit ni inclusivité ni écoute. Les tensions autour de l’expropriation des terres, spoliées au profit d’intérêts étrangers ou de colons sénégalais, restent ignorées. Les rivalités religieuses, exacerbées par une politique centralisatrice qui méprise les identités autochtones, sont passées sous silence. Les réfugiés, les déplacés, les oubliés de cette guerre larvée que l’État refuse de nommer, attendent toujours un « retour digne » qui ne vient pas. À la place, on leur sert un paternalisme minimaliste, une tape sur l’épaule accompagnée d’un « soyez patients, l’unité nationale prime ».

Bassirou Diomaye Faye se targue de faire de la « cohésion nationale » sa « seule et unique boussole ». Mais quelle cohésion peut-il y avoir quand la Casamance est laissée à l’abandon, écrasée sous le poids d’une histoire de violences militaires et d’injustices que personne, au Sénégal, ne semble prêt à affronter ? Parler de « fraternité restaurée » alors que les Casamançais pleurent encore leurs morts et leurs terres perdues, c’est une insulte à leur douleur. Instruire le Premier ministre Ousmane Sonko d’organiser une « grande concertation nationale » ne suffit pas à masquer l’absence criante de volonté politique pour régler les vrais problèmes : une justice inexistante, des promesses non tenues, un dialogue qui n’inclut que ceux qui plaisent au pouvoir.

La Casamance ne demande pas la charité ni des discours lénifiants. Elle exige la vérité sur son passé, la justice pour ses victimes, et la paix véritable – pas celle imposée par le haut, mais celle construite avec ses fils et ses filles. En ce 65ᵉ anniversaire de l’indépendance, le Sénégal ne peut se targuer d’être une nation unie tant qu’il continuera de traiter la Casamance comme un fardeau à gérer plutôt qu’un peuple à respecter. Monsieur le Président, les Casamançais ne sont pas dupes : vos mots ne pansent pas les plaies, ils les rouvrent. Il est temps d’agir, ou de cesser de prétendre que vous le faites.

Emile Tendeng

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