Vous êtes ici: Accueil » Actualité » Sénégal : Une « loi d’interprétation » qui divise et questionne les droits des victimes

Sénégal : Une « loi d’interprétation » qui divise et questionne les droits des victimes

Sénégal : Une « loi d’interprétation » qui divise et questionne les droits des victimes

Le Parlement sénégalais a adopté, mercredi, une loi dite « d’interprétation de l’amnistie« , excluant désormais les crimes graves – meurtres, tortures, disparitions forcées – des faits couverts par l’amnistie initiale de mars 2024. Ce texte, voté sous haute tension après huit heures de débats, cristallise les tensions politiques et ravive les blessures d’une nation encore marquée par trois années de violences meurtrières.

Une amnistie controversée, une révision plus incisive ?

La loi initiale, adoptée en mars 2024, offrait une amnistie générale pour tous les faits liés aux manifestations politiques entre février 2021 et février 2024 – une période marquée par des répression sanglantes ayant fait au moins 65 morts en majorité en Casamance, selon les bilans officiels. Ces violences avaient éclaté suite à l’arrestation d’Ousmane Sonko, aujourd’hui Premier ministre, alors leader de l’opposition.

Mais cette nouvelle version, portée par le député Amadou Bâ et votée par 126 voix sur 146, restreint drastiquement le champ de l’amnistie : tortures, assassinats, disparitions forcées principalement des Casamançais et usage de nervis armés ne seront plus couverts, « quelle que soit la motivation des auteurs« . Une clarification saluée par certains comme nécessaire pour la justice, mais dénoncée par d’autres comme une manœuvre politique.

Une justice à deux vitesses ?

Pour Ayib Daffé, président du groupe parlementaire Pastef Les patriotes, cette loi permet de « clarifier ce qui s’est passé, notamment les crimes de sang« . Pourtant, l’opposition y voit une instrumentalisation. Aissata Tall Sall, ex-ministre de la Justice et figure de l’opposition (Benno Bokk Yakaar), fustige une « loi de règlements de compte » qui « fissure la société sénégalaise« .

Les critiques sont vives : des partis politiques et des organisations de la société civile accusent le pouvoir d’utiliser cette révision pour protéger ses partisans tout en poursuivant ses adversaires. Certains réclamaient même l’abrogation pure et simple de l’amnistie de mars 2024, jugée complice d’une impunité généralisée.
Les droits des victimes sacrifiés sur l’autel de la réconciliation ?

Le gouvernement justifie cette loi par la nécessité de « ramener le calme et la cohésion nationale », selon Aissata Tall Sall. Mais à quel prix ? Les familles des victimes, les survivants des violences et les défenseurs des droits humains s’interrogent : cette révision garantira-t-elle enfin vérité et justice surtout en Casamance, ou n’est-elle qu’un outil de légitimation a posteriori d’une répression d’État ?

Alors que le Sénégal tente de tourner la page des crises politiques récurrentes, cette loi relance un débat crucial : peut-on vraiment réconcilier une nation sans rendre justice à ses martyrs ?
La réponse, aujourd’hui, semble encore bien loin.

Saliou Cissé

Propager la liberté et l'indépendance de s'informer

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté en pour poster un commentaire.

Copyright © 2013 Tamba Networks Inc. All rights reserved.

Retour en haut de la page