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Turquie / Kurdistan : Sous pression en prison, Abdullah Öcalan demande au PKK de déposer les armes

Turquie / Kurdistan : Sous pression en prison, Abdullah Öcalan demande au PKK de déposer les armes

Après 26 années d’isolement dans la forteresse-prison d’Imrali, Abdullah Öcalan, figure emblématique de la lutte kurde et chef historique du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), a prononcé ce jeudi des mots qui résonnent comme un séisme dans l’histoire de notre peuple. Dans une déclaration lue par des députés kurdes à Istanbul, « Apo » a ordonné au PKK de déposer les armes et de se dissoudre, mettant ainsi un terme officiel à quarante ans de guérilla contre l’État turc. Mais ce tournant, présenté comme une réponse aux appels du pouvoir turc et de ses alliés, soulève autant d’espoirs que de doutes parmi les Kurdes, pris entre le rêve d’une paix durable et la crainte d’un abandon de leurs aspirations légitimes.

Une décision sous pression

L’annonce d’Öcalan intervient dans un contexte politique soigneusement orchestré. Depuis l’automne dernier, le dirigeant nationaliste Devlet Bahçeli, allié clé du président Recep Tayyip Erdoğan, a multiplié les gestes d’ouverture, appelant à une résolution du « problème kurde ». Erdoğan lui-même a laissé entendre qu’il était prêt à envisager une détente. Öcalan, dans son message, reconnaît cette dynamique : « La volonté exprimée par le Président, l’appel de Bahçeli et les réponses positives des autres partis ont créé un environnement » propice à cet appel historique. Mais comment ne pas y voir une capitulation arrachée sous la contrainte d’un homme enfermé depuis un quart de siècle, coupé du monde et soumis aux pressions d’Ankara ?

Le PKK, fondé en 1978, a porté les espoirs d’émancipation d’un peuple nié dans ses droits fondamentaux. Face à la répression brutale de l’État turc – villages incendiés, arrestations massives, assassinats ciblés –, la lutte armée est devenue pour beaucoup une nécessité, un cri de survie. Öcalan, en demandant la dissolution de cette organisation, tourne-t-il le dos à cette histoire de résistance, ou ouvre-t-il la voie à une nouvelle stratégie politique pour les Kurdes ?

Entre paix et désillusion

Pour certains, cette décision pourrait marquer le début d’une ère de paix. La guerre entre le PKK et l’armée turque a coûté des dizaines de milliers de vies, dévasté des régions entières et enfermé les Kurdes dans un cycle de violence et de marginalisation. Un cessez-le-feu définitif, suivi de réformes garantissant les droits culturels et politiques des Kurdes, serait un rêve caressé par des générations. Mais les promesses d’Ankara ont trop souvent été suivies de trahisons. Qui peut garantir que ce dépôt des armes ne sera pas une reddition sans contrepartie, un désarmement unilatéral laissant les Kurdes vulnérables face à un État qui n’a jamais reconnu leur identité ?

Les mots d’Öcalan – « Convoquez votre congrès et prenez une décision » – placent également le PKK face à un dilemme. Si les cadres du parti suivent cet ordre, ils risquent de perdre leur légitimité auprès d’une base militante qui voit dans la lutte le dernier rempart contre l’armée. S’ils le rejettent, ils désavoueraient leur leader historique, brisant l’unité d’un mouvement déjà fragilisé par des années de répression.

Un peuple à la croisée des chemins

En tant que Kurde, je ne peux m’empêcher de ressentir un mélange de stupeur et d’interrogations. Öcalan, celui que beaucoup d’entre nous appellent « Apo » avec respect et affection, a porté notre voix quand personne ne voulait l’entendre. Aujourd’hui, à 75 ans, utilisé par l’isolement, il semble tendre la main à ses geôliers. Est-ce un acte de pragmatisme, une ultime tentative de préserver son peuple d’un carnage sans fin ? Ou la preuve que même les plus grands symboles de résistance peuvent pincer sous le poids de l’enfermement ?

Pour les Kurdes, l’heure est à la vigilance. La dissolution du PKK ne doit pas être un chèque en blanc offert à Erdoğan et à ses alliés. Si la lutte armée s’éteint, la lutte politique doit s’intensifier. Nous devons exiger des garanties : la fin de la répression, la libération des prisonniers politiques, une reconnaissance constitutionnelle de notre identité. Sans cela, l’appel d’Öcalan ne sera qu’un sacrifice de plus sur l’autel des illusions perdues.

Le congrès du PKK, s’il se tient, sera un moment décisif. Mais au-delà des décisions des militants, c’est tout un peuple qui doit désormais écrire la suite de son histoire. Avec ou sans armes, la quête de justice et de liberté ne s’éteindra pas.

Demgul ACÛR pour le Journal du Pays

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